Conférence sur l’engagement des chrétiens dans la transition écologique à la maison épiscopale (7 décembre)

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Jeudi 7 décembre, Beauvais en Transition a été invité à dire quelques mots dans une conférence organisée à la Maison épiscopale de Beauvais, à l’initiative de trois jeunes chrétiens auteurs d’un livre qu’ils présentaient ce soir-là (Pierre-Louis Choquet, Jean-Victor Elie, Anne Guillard, Plaidoyer pour un nouvel engagement chrétien).

Le membre du collectif qui s’est rendu à cette conférence a rencontré une assemblée nombreuse, attentive, chaleureuse, très sensible aux enjeux écologiques, et désireuse de se mobiliser, avec des représentants de plusieurs religions, et au moins un agnostique (lui!).

Voici à peu près le message qu’il a essayé de transmettre, pas trop maladroitement il l’espère.

 

“Je vous remercie sincèrement pour votre accueil et votre écoute. Cela a été un plaisir de participer à cette soirée, d’autant plus que j’y ai retrouvé des visages familiers et amis.

Comme nous le savons tous désormais, l’état de la biosphère est plus que préoccupant. Nos sens ne nous permettent pas de mesurer l’étendue du désastre, mais les observations et les statistiques sont incontestables. Qu’ils soient écologues, climatologues, océanologues, biologistes, ornithologues, etc., tous les scientifiques sont extrêmement inquiets.

J’ai cité hier le cas de la biodiversité. Par exemple, les grands mammifères marins et terrestres sont tous menacés de disparition à brève échéance. Si nous ne faisons rien, les animaux qui peuplent les contes que nous racontons à nos enfants, que nous leur offrons sous forme de peluches, qui tapissent les murs de leurs chambres, auront disparu dans quelques décennies : nos frères et nos cousins les singes, les ours, les rhinocéros, les éléphants, les baleines, les lions, les tigres, les girafes… Comme l’a dit un conservationniste américain, Carl Safina, “nous sommes leur déluge“.

Mais aujourd’hui même les animaux modestes, presque invisibles à nos yeux, sont en danger. En 30 ans les populations d’insectes volants ont reculé de plus de 70% en Allemagne. Les oiseaux suivent la même courbe. Les hérissons aussi ont perdu 70% de leurs effectifs en une trentaine d’années dans nos campagnes. Même les animaux encore communs aujourd’hui sont en souffrance.

Au total, le rythme de l’extinction des espèces est jusqu’à 1.000 fois plus rapide qu’il ne l’a été dans les 5 précédentes crises de la biodiversité. 1.000 fois !

La situation est tout aussi dramatique pour le climat, comme nous le savons aujourd’hui. Et les gaz à effet de serre que nous relâchons aujourd’hui seront encore au-dessus de la tête de nos petits-enfants quand nous ne serons plus de ce monde (le C02 a une durée de vie de 100 ans dans l’atmosphère).

Étymologiquement, le mot “écologie” vient de oïkos (la maison) et “logos” (science). Littéralement, c’est “la science de la maison”. En termes plus scientifiques, c’est la science des conditions qui permettent à la vie d’exister sur cette planète. C’est la science de la vie. Mais de plus en plus d’écologues pensent qu’étant donné la façon dont nous maltraitons la planète, l’écologie est en train de devenir la science de la survie.

 

Les jeunes auteurs du livre se sont posés hier la question : comment réagir face à ce constat alarmant lorsqu’on ne partage pas l’espérance ? J’ai alors demandé à reprendre la parole pour dire que, comme chacun peut l’imaginer, eh bien c’est très dur. C’est très douloureux et désespérant de constater, année après année, que la situation s’aggrave, et que nos réponses sont à mille lieues de ce qui serait nécessaire. Vraiment douloureux et désespérant.

Le philosophe Jean-Pierre Dupuy a écrit à propos de la crise écologique : “Nous ne croyons pas ce que nous savons“. Nous savons pertinemment que nous allons au désastre, nous savons que notre mode de vie est en cause, nous avons toutes les informations sous les yeux. Mais nous ne voulons pas y croire, parce que c’est trop terrible à assumer, et puis nous sentons bien que si nous prenions vraiment la mesure de ce qui se passe, les conséquences seraient gigantesques dans notre vie de tous les jours. Alors nous préférons penser à autre chose – moi y compris…

 

Pour revenir à la question posée par les jeunes auteurs et qui m’a donné envie de reprendre la parole, je crois sincèrement que ce dont ce monde a besoin, ce n’est pas tant d’espérance que de volonté.

Peu importe que l’on croie ou pas en un dieu, peu importe que l’on partage ou pas l’espérance, ce qui importe est que l’on se rejoigne et que l’on chemine ensemble et côte à côte, avec cœur.

Ce que je sais, c’est que ce monde nous a été donné, qu’il est merveilleusement beau mais aussi incroyable fragile, et que nous n’en avons pas d’autre, alors il est de notre responsabilité de le chérir, le respecter et en prendre soin. Le monde n’est pas notre chose, il n’est pas à notre disposition. Le monde est notre maison et nous n’en sommes que des locataires provisoires, au même titre et au même rang que tous les êtres vivants qui le peuplent. Comme l’a magnifiquement dit Saint-Exupéry, “nous n’héritons pas la Terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants“. C’est un devoir de la leur laisser en aussi bon état que nous l’avons trouvée, et si possible dans un meilleur état.

Et ce devoir, il s’impose particulièrement à nous Occidentaux, notamment pour les plus favorisés d’entre nous, car c’est notre mode de vie qui abîme cette maison commune.

Le philosophe Hans Jonas a formulé ainsi l’impératif qui est le notre à tous : “Agis de telle sorte qu’une vie authentiquement humaine reste possible sur cette Terre“. Préserver la planète, ce n’est pas seulement préserver les paysages, les animaux et les végétaux qui la peuplent : c’est faire en sorte que nos enfants, nos petits-enfants, sous toutes les latitudes et pour longtemps, puissent continuer à vivre, tout simplement, et si possible à vivre bien et heureux.

Nous pour devons donc agir, il y a vraiment urgence. Nous devons chacun “faire notre part”, comme dans la légende du colibri.

Et nous devons agir tous ensemble parce que que si nous sommes ensemble pour faire notre part, alors notre action aura plus de sens et plus de force.

Et alors il y a une chance, peut-être, pour que ce qui paraît aujourd’hui inéluctable ne survienne pas. Si nous ne faisons pas le nécessaire, aussi difficile que ce soit, alors le sombre diagnostic des scientifiques n’a aucune chance d’être déjoué, et “tout est foutu”. A nous tous de faire le nécessaire pour “éviter l’inévitable”.

C’est un point de vue personnel, mais à mes yeux, écologistes et chrétiens peuvent de rejoindre en bien des points. D’ailleurs un des principaux penseurs de l’écologie l’a dit avec malice il y a quelques années : “Je propose Saint-François d’Assise comme saint patron des écologistes” 😉

 

Hier, une personne dans l’assistance a posé la question de savoir ce que nous pouvons faire sur le plan politique.

>> Nous pouvons par exemple être sensibles et attentifs à ce que les partis et les candidats proposent : est ce qu’ils veulent vraiment et profondément remettre en cause notre modèle productiviste et consumériste ? Est-ce qu’ils ont compris qu’il faut en finir avec la poursuite absurde et suicidaire de la croissance ? Est ce qu’ils sont déterminés à faire effectivement des pas importants en faveur de la transition écologique ? Par exemple en finir avec le règne du tout voiture et privilégier vraiment le vélo et les transports en commun ? Supprimer totalement l’emploi des pesticides ? Favoriser l’installation de petits paysans sur des parcelles modestes ? Arrêter le bétonnage périurbain et le développement des grandes surfaces ? etc.

>> Et puis nous pouvons aussi, au niveau local, nous engager dans des initiatives concrètes pour que cette transition écologique s’incarne. C’est le programme que s’est donné le collectif Beauvais en Transition.

Nous serons vraiment très heureux de vous voir de plus en plus nombreux à nous rejoindre. Beaucoup de chrétiens sont déjà très actifs dans les associations qui composent le collectif, et ils attendent du renfort !

Encore une fois, je vous remercie chaleureusement pour votre invitation et votre attention bienveillante”.

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